70 Musique - juin 2026 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 16 juin 2026

Besoin de calme ?


Certaines époques troublées poussent les artistes à s'y engouffrer ou à s'en extraire. D'un côté la noise réfléchit la violence d'un monde qui a perdu ses repères, de l'autre la musique de drone ou bien simplement délicate offre des moments de douceur et de tendresse salvateurs. De nombreux projets actuels suivent cette tendance où la légèreté n'a rien de superficiel.


Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le groupe Shadowlands met en musique des poétesses comme Emily Dickinson, Christina Rosetti, Elaine Gaston, Sasha Akhtar ou si les musiciens vont chercher Ravel à la rescousse avec le poème Sainte de Mallarmé. Que ce soit là ou sur deux mélodies celtiques, la chanteuse irlandaise Lauren Kinsella flotte au dessus d'un tartan tissé, chaîne et trame, par le clavier de l'Anglais Kit Downes et le saxophone ténor du Français Robin Fincker qui est à l'origine du trio. Je sais bien que l'Écosse n'a rien à voir avec les uns ou les autres, mais en cette période de canicule j'imagine qu'il doit être agréable de porter le kilt, la jupe ou la djellaba. Oscillant entre tradition et modernité, l'album Two Minds tend à effacer les distances. Il n'y a plus ni passé, ni présent, ni avenir, mais juste l'éternité.

→ Shadowlands, Two Minds, CD BMC, dist. Socadisc, 15€

jeudi 11 juin 2026

Épisode #4 de mon entretien sur Planeta


Bruno de Chènerilles a découpé en 4 notre entretien qui inaugure sa nouvelle série du podcast de Planeta - la Revue Sonore des Musiques Nouvelles. Dans ce dernier épisode j'évoque essentiellement la transmission des connaissances au travers de ma propre expérience. Comme dans les précédents j'emploie un ton dont je n'ai pas l'habitude avec les journalistes, tout simplement parce que j'échange avec un autre musicien, à brûle-pourpoint, en copains. La photo date de 2011. J'aurais pu aussi bien illustrer ce post avec une image de mes débuts, lorsque j'étais chevelu et même pas encore barbu, ou une autre d'aujourd'hui. J'ai pioché au hasard et celle-ci est apparue, très Swinging London ! Bruno a choisi de n'insérer aucune musique contrairement au portrait que Françoise Degeorges avait réalisé pour France Musique. Sur le site drame.org sont rassemblées trente-deux heures d'émissions de radio archivées depuis 1977, des débuts d'Un Drame Musical Instantané jusqu'à aujourd'hui. Cet entretien date du 13 mai dernier.

mardi 9 juin 2026

Overprinting paru chez GRRR

...
Overprinting devait être composé de deux "faces", chaque groupe de musiciens enregistrant le playback de l'autre, à Paris Un Drame Musical Instantané, à Tel Aviv un orchestre réuni par Vyacheslav Ganelin. Ce projet fut initié en 2004 par Meidad Zaharia, le producteur de MIO Records qui avait réédité Défense de de Birgé Gorgé Shiroc en CD+DVD la même année. MIO a cessé ses activités, Wah-Wah avait réédité Défense de en vinyle et j'avais retrouvé cette fois les maquettes de cet album inédit dans mes archives informatiques. Cet article date du 31 octobre 2013.
En fait nous étions en désaccord avec l'approche de Ganelin. Le Drame avait envoyé 4 pièces pour que les musiciens israéliens enregistrent par dessus, mais leur re-recording ne correspondait pas au projet sur lequel nous nous étions entendus. Idem avec leur contribution qui aurait dû s'appeler Pépé le Moko ?. Ce sont probablement les derniers enregistrements, toujours aussi superbes, de Bernard Vitet à la trompette, miné par des problèmes dentaires. À la réécoute je regrette que nous n'ayons pu mener à bien cette collaboration, mais la distance et les intermédiaires nous ont probablement été fatals. L'expérience a le mérite de poser des questions intéressantes.
Bernard (trompette, bugle, trompette à anche) et moi-même (synthétiseurs, harmoniseur) avions invité Didier Petit pour le côté français, et pas seulement parce que le violoncelliste portait un "béret français" comme Brunius dans le film des frères Prévert, L'affaire est dans le sac ! On l'entend dans Short Cut et Dans le sac ? où il double son instrument avec sa voix. Du côté israélien nous n'avons jamais réussi à savoir exactement qui étaient les musiciens dans le mix réalisé par Zaharia, à part le pianiste Vyacheslav Ganelin et Gershon Wayserfirer au oud. Zaharia tient-il les percussions et Ganelin double-t-il au trombone ? Treize ans plus tard, on n'en sait pas plus.
Overprinting fait partie des 106 albums inédits offerts en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org en plus des dizaines de vinyles et CD parus chez GRRR.

lundi 8 juin 2026

Christophe Monniot & Didier Ithursarry


J'ai découvert l'accordéon au début des années 80 grâce à Michèle Buirette, en commençant par le free jazz ! Comme souvent dans ma démarche à rebrousse-poil j'ai remonté le temps jusqu'au musette et aux musiques du monde pour revenir à demain. Il ne suffit pas d'être un bon instrumentiste pour me plaire, il faut avoir un monde. Je dis avoir, mais le verbe être est probablement plus approprié. C'est pour cette raison que la musique des compositeurs, qui inclut celle des arrangeurs avec un point de vue personnel, fait partie de mon paysage. Là aussi j'écris paysage quand je devrais dire pays. Entendre que l'architecture tient une place prépondérante dans mon approche.
Avec le duo de l'accordéoniste Didier Ithursarry et du saxophoniste Christophe Monniot (à l'alto et au sopranino), me voilà comblé ! Ajoutez un lyrisme affirmé, un alliage de timbres épicé, un tissage qui dépasse même l'impression de duo. À propos de leur premier volume en 2018, j'avais au contraire écrit qu'Ils sonnaient comme un seul et unique instrument. Faudrait savoir ! C'est donc leur troisième volume d'Hymnes à l'amour, et cet amour est avant tout celui de la musique, et donc du partage qu'elle représente. Quelles que soient leurs passions (leurs propres compositions) et leurs références (Charles Mingus, Ornette Coleman et Pat Metheny, Hermeto Pascoal, Gabriel Fauré) ils les font leurs, inventant un nouveau terroir qui nous pousse à la danse et nous emporte sur les routes de la Carte du Tendre.

→ Christophe Monniot & Didier Ithursarry, Hymnes à l'amour III, CD Emouvance-Absilone, dist. Socadisc, à paraître le 19 juin 2026
→ Vincent Lê Quang & Claude Tchamitchian, Silent Springs, CD Emouvance-Absilone, dist. Socadisc, à paraître le 19 juin 2026 (cet autre très beau duo, sax et contrebasse, avait fait le voyage postal dans la même enveloppe, mais, même si je n'ai pas les mots, j'ai eu du plaisir à les suivre dans leurs verdoyants jardins)

mercredi 3 juin 2026

Le TransEuropeExpress Ensemble de Hans Lüdemann


L'indispensable site Citizen Jazz aura bientôt la primeur de mes chroniques de disques, même si je les publierai dans cette colonne quelques jours plus tard. J'imagine que leur ton ne différera pas vraiment de celui que je tente de préserver depuis 22 ans ici et depuis une quinzaine d'années sur Mediapart, en toute subjectivité. Je suis aussi curieux de retrouver celles que j'écrivais, par exemple, pour Muziq ou Jazz Mag du temps où je n'étais pas blacklisté par leur boudeur et revanchard rédac' chef qui ne supporta pas, il y a plus de 15 ans, mes critiques sur les couves racoleuses. Il est certain que l'exquise rubrique de mon camarade Pablo Cueco, dans le cadre du Journal des Allumés, intitulée La critique de la critique ne lui fit pas non plus que des amis ! Mais pour aujourd'hui je me replie une fois de plus sur une des excellentes productions du label hongrois BMC.

On The Edges 4 est le quatrième album du pianiste Hans Lüdemann et de son TransEuropeExpress Ensemble, un orchestre composé de musiciens français et allemands depuis le Festival Jazzdor de 2018. Chaque nouveau projet possédant un axe à partir duquel le compositeur développe son propre univers, le petit nouveau part de la rencontre avec la flûtiste turque Burcu Karadağ. Or le ney dont elle joue oblige Lüdemann à trouver des astuces pour s'adapter aux modes orientaux et le résultat est tout à fait enthousiasmant. Pour ce jazz moderne, à la fois entraînant et lyrique, il est remarquablement secondé par des musicien/ne/s français/e/s dont j'adore le travail et que j'ai eu la joie de croiser musicalement : le tromboniste Yves Robert, la saxophoniste Alexandra Grimal (ténor, soprano, sopranino) et le violoniste Régis Huby. Côté allemand, sans que l'on sente pour autant la frontière, comme lorsqu'on traverse physiquement le Rhin, la saxophoniste alto Angelika Niescier, le guitariste Ronny Graupe, la contrebassiste Clara Daübler et le percussionniste Dejan Terzić complètent l'ensemble avec évidemment Burcu Karadağ à la flûte en bambou. Cuivre, anches, flûte, cordes, percussion, tous les timbres font corps. Les pièces s'équilibrent merveilleusement entre le jeu d'ensemble, les soli de chacun/e et l'inspiration orientale. L'album me donne envie d'écouter les trois précédents que je ne connais pas...

→ Hans Lüdemann et le TransEuropeExpress Ensemble, On The Edges 4, CD BMC, 11€, dist. Socadisc

mardi 2 juin 2026

Vitet en couve de Vern et Christin


Il existe d'incroyables coïncidences. Encore faut-il avoir l'œil ! Comme nous nous promenions à La Roche-Ballue où avait lieu un sympathique vide-grenier appelé là "chineries", Nicolas Chedmail tombe sur une bande dessinée de Christin et Vern intitulée en douce, le bonheur. La couverture montre un musicien soufflant dans un shalmaï, image directement empruntée à la pochette du disque Mehr Licht ! de Bernard Vitet, photographie qu'il avait lui-même triturée à la photocopieuse d'après un cliché d'Isabelle Marmande. Cela ne fait aucun doute, d'autant que Bernard m'a plusieurs fois parlé d'un copain dessinateur de bédé qui s'appelait Jean Vern et que je ne crois pas avoir jamais rencontré. Or mardi dernier, anniversaire de la naissance de mon camarade, je publiais un article illustré par la photo originale !


Nicolas m'en ayant fait cadeau, je découvre la bédé, publiée chez Dargaud en liaison avec le journal Pilote en 1978, de Pierre Christin (Valérian ; Rumeurs sur le Rouergue avec Tardi, La ville qui n'existait pas avec Bilal, etc.) et Vern (également saxophoniste d'un quintet de free jazz, où officie, entre autres, le saxophoniste-flûtiste allemand Ronnie Beer, avec une préface de Patrice Blanc-Francard ("Bonjour c'est Pop 2 !"). Si les dessins sont carrément pop, voire psychédéliques, il n'y a pas beaucoup de bandes dessinées où sont cités Cecil Taylor, Gary Burton, Gil Evans et McCoy Tyner. Les titres des histoires réfléchissent bien les années 70 : Underground, Overdose, Trip, Rétro Blues, Carnets d'un anthropologue frappé de folie. Une époque fleurie, concentré d'utopie dont la musique est le vecteur.