70 Musique - août 2025 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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samedi 30 août 2025

Pique-Nique au labo 4 (from the USA)


Sympathique article d'un magazine lié à mon "importateur" américain, dégotté grâce à l'ami Stéphane Berland dont le label Ayler Records recèle tant de merveilles (mais qui s'arrête de produire des nouveautés après son numéro 181) ! Le texte n'est pas long, il est reproduit ici en petit, mais je vais tout de même tenter de le traduire.
À part cela, les marchandises entrant aux États-Unis seront soumises à des droits de douane à compter du 29 août. La Poste suspend donc tout envoi, à l’exception des « cadeaux entre particuliers de moins de 100 dollars », non concernés par la taxe. On peut toujours biaiser en spécifiant "échantillons commerciaux" au prix de fabrication, ce que l'on faisait déjà, mais ce sera tout de même épineux de traverser l'Atlantique sans risquer de rejoindre Nungesser et Coli. Car même les envois individuels deviennent problématiques, les consommateurs ne comprenant pas la hausse des taxes que Trump leur impose, et les douanes américaines bloquant à qui mieux-mieux. Souffle Continu, comme plusieurs labels, a supprimé son compte Discogs pour les États-Unis. Cette perte s'équilibrerait par une hausse des ventes en Europe, en particulier en Allemagne et, accessoirement, dans les pays de l'est. D'un autre côté le site Bandcamp va s'affranchir de PayPal pour éviter leur marge, en payant les producteurs directement.

Donc :

Musicien et concepteur sonore français, Jean-Jacques Birgé a passé près d'un demi-siècle à voyager d'un média à l'autre. Pionnier de l'utilisation des échantillonneurs et des ordinateurs, il a créé des musiques pour le cinéma, la danse et le théâtre, ainsi que pour des ensembles électroacoustiques. Comme son titre l'indique, Pique-nique Au Labo 4 présente des compositions instantanées en studio ou en live, interprétées par neuf trios différents dans des genres variés, avec la participation de Birgé aux claviers, synthétiseurs, guimbarde, harmonicas, échantillonneur et instruments à anche.

Réalisé en collaboration avec une pléiade d'improvisateurs français de premier plan, un bon nombre des morceaux sont suffisamment sophistiqués pour être classés dans le domaine du jazz, tandis que d'autres s'apparentent davantage à des exercices multimédias ou à des bandes sonores d'accompagnement. « Is It Finished? », par exemple, met en avant les flottements haletants puis grinçants du saxophone alto de Léa Ciechelski et les souffles de l'harmonica et breaks du violon de Fabiana Striffler, avant de se combiner avec le groove du clavier de Birgé pour une narration "straight ahead". Les sons métalliques de la guimbarde et les accords de clavier de Birgé accompagnent les trilles de la clarinette d'Hélène Duret et les rebonds du piano de Roberto Negro sur « D'une fourchette » avant que n'explose la fourchette vers une mélodie résonnante de la Belle Époque.

D'autres morceaux sont plus clairement programmés. Les glissandi de la harpe électrique de Rafaëlle Rinaudo, associés aux trilles, aux slaps et aux vocalises de Duret sur « L'offrande », sont entrecoupés d'échantillons radio projetant des sons orchestraux, vocaux et parasites, ainsi que des glissés au clavier et des accords de piano par Birgé. Pendant ce temps, la pseudo-marche créée par les grognements de tuba de Fanny Meteier et les percussions et cris d'oiseaux de Maëlle Desbrosses est constamment interrompue par des échantillons de voix masculines et féminines murmurant en anglais et français, juste en dessous du seuil d'audibilité, avant d'atteindre un finale frissonnant.

Chaque morceau proposé lors de ce pique-nique français révèle une nouvelle surprise sonore, ce qui rend ce disque si captivant.


Ken Waxman

mercredi 27 août 2025

50 nuances de GRRR dont 30 ans d'Allumés


Article fort sympathique dans le nouveau numéro du Journal des Allumés du Jazz. Il est toujours aussi agréable de recevoir ces 48 grandes pages qui parlent plus de musique que de jazz proprement dit, et pas seulement de musique, mais du monde de la musique dans le désert de la presse spécialisée et des colonnes sinistrées de la presse généraliste. Le Journal, qui paraît seulement deux ou trois fois par an, ne se renouvelle pas vraiment, mais il reste d'une très haute tenue, jadis salué par Le Monde Diplomatique comme le meilleur du genre. Et pour cause, il y a ici pratiquement autant à lire que dans ce mensuel inégalé, du documentaire et de la fiction, des interrogations fondamentales sur la vie des bêtes (IA, Spotify, marché du disque, héritage culturel, applaudissements, trumpisme, silence, etc.). Impossible à feuilleter, mais certainement nécessaire à feuilletonner pour en venir à bout !
Sa couve dessinée par Johan De Moor évoque le second Salon du Jazz qui se tiendra au Mans les 29 et 30 novembre prochains. Ce n'est pas si évident de déplacer du monde à une heure de TGV de Paris. Il faut espérer que l'implantation des Allumés au Mans profite d'aides substantielles. Il y avait évidemment plus de passage lorsque nous étions à Paris (mon label est toujours adhérent, même si je ne m'y investis plus comme autrefois, entre autres en assumant la co-rédaction en chef du Journal avec Jean Rochard pendant dix ans, ou en réalisant le catalogue de 1999, le défunt blog, la double compilation CD Les actualités de 2005, etc.). S'il faut bien décentraliser, ce choix est-il encore d'actualité ? Si GRRR fête son cinquantième anniversaire, les Allumés ont trente ans comme le rappelle l'édito de la rédaction, illustré cette fois par Efix, car comme toujours le Journal bénéficie essentiellement des petits mickeys des meilleurs dessinateurs : Killoffer, Emre Orhun, Julien Mariolle, Nathalie Ferlut, Thierry Alba, Jop, Pic, Isabelle Raquin, Rocco, Andy Singer, Fred Vervisch, Zou (sans oublier les photos de Guy Le Querrec). Une frise dessinée façon Bayeux par Gabriel Rebufello rappelle le chemin parcouru. Malgré les vicissitudes du disque, la soixantaine de labels adhérents ont su conserver leur indépendance. La dématérialisation des supports, dont profite essentiellement les majors, a fait chuter les ventes de manière catastrophique, mais les amateurs de beaux objets, attachés aux livrets instructifs ou esthétiques, résistent.


Comme au premier numéro est posée la question "Avez-vous une bonne raison de produire ?" et je m'y colle parmi d'autres camarades ainsi qu'aux autres questions "Pourriez-vous citer un évènement particulièrement marquant pour la musique ou son devenir depuis trente ans ?" et "Citez un album discographique que vous avez acquis chez un disquaire en 2024-2025 qui vous semble important ?". Sont ensuite interrogés des auteurs de pochettes. Suivent une évocation du Jazz Composers Allumés Orchestra illustré par une photo prise par mes soins au Salon de l'an passé, donc un article sur le mode fonctionnement de Spotify ou encore Les 13 morts de l'intelligence artificielle par autant d'écrivains plus un texte d'Étienne Brunet, un autre de Bonaventure Almeyreda (il y a des pseudos qui ne trompent pas son monde, ainsi Raymond Vurluz s'entretient avec le sympathique organiste Emmanuel Bex), etc. J'écris Etc., mais nous n'en sommes qu'à la moitié. Restent des entretiens avec la formidable pianiste Françoise Toullec ou le jeune saxophoniste nonagénaire François Jeanneau, des textes de Clément Gibert, Fabien Barontini, Pierre Tenne, Cordelia Winfield, Pablo Cueco, Jean-Louis Wiart, Anne-Marie Parein, Marie Nachury, l'évocation de deux enregistrements de musique pour Nosferatu, "De l'esclavage à la transe - La Tunisie noire" par Mohamed El Kebir, un nouveau rébus de Cueco et Denis Bourbaud, etc. donc, plus les nouveautés discographiques dont trois des miennes qui justifient l'encart !
Si vous n'êtes pas abonné (c'est gratuit), le Journal est téléchargeable. J'aurais préféré qu'il soit quotidien, bilingue et en ligne, mais c'est comme un disque, tenir l'objet entre ses mains est rudement sympa. Si les Allumés savent mettre le feu aux poudres, GRRR colle toujours aussi bien à l'envie de mordre !

L'article sur le 50e anniversaire du label GRRR :
Jean-Jacques Birgé avait glorieusement célébré son centenaire en 2018 avec un album discographique plein de surprises.
L'ami Arthur aurait pu commenter qu'on n'était pas sérieux quand on a cent ans. On a en effet mieux à faire et c'est bien ce qu'a fait et continue à faire au-delà de ses cent ans (quelle santé) Jean-Jacques Birgé, comme par exemple en fêtant les 50 ans de GRRR...., l'étiquette qu'il a inventée en 1975 pour la publication de l'album Défense de..., réalisé avec le guitariste Francis Gorgé avec qui il va faire un sacré bout de chemin et le percussionniste Shiroc (qui officiait alors dans certaines formations de jazz rock avec Jeff Seffer, Gérard Curbillon ou Jannick Top). Jean-Jacques Birgé y jouait des claviers de toutes sortes, du saxophone, des percussions (liste non exhaustive). GRRR... fut, en 1979, le label du premier album d'Un Drame Musical Instantané, extravagant trio créé par Birgé, Gorgé avec le trompettiste Bernard Vitet qui, après avoir été une des étoiles du jazz français et être passé par le free jazz, s'était singularisé dans la création d'une musique résolument différente avec La guêpe, par exemple. Il publiera d'ailleurs son second album solo, Mehr Licht, sur GRRR... en 1979. Un Drame Musical Instantané s'est illustré par ses relations cinématographiques, mises en musique des films de Jean Vigo, Robert Wiene, Dziga Vertov, Marcel L'Herbier, Jean Epstein, des créations en grand orchestre ou des spectacles multimédias. La liste de leurs invités donne des pistes : Richard Bohringer, Brigitte Fontaine, Daniel Laloux, Colette Magny, Christian Marin, Maurice Garrel, Guy Piérauld, Henri Texier, Benoît Delbecq, Steve Arguëlles, DJ Nem, Philippe Deschepper... Outre l'étonnant album d'Hélène Sage, les albums du trio Pied de Poule, un récent duo Dominique Fonfrède - Françoise Toullec et les très jolis albums de l'accordéoniste et chanteuse Michèle Buirette, GRRR... est aussi une foisonnante documentation du trajet de Jean-Jacques Birgé. Récemment parus: le faunique Animal Opera avec un big band cunicole, le volume 4 de la série Pique-nique au labo et sa foultitude de remarquables invités, et un étourdissant double album, Les déments, avec le comédien Denis Lavant et le saxophoniste Lionel Martin. Vivement le millénaire !