70 Humeurs & opinions - juillet 2025 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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mercredi 9 juillet 2025

Marchands de canons promus par Libération


Cynisme des marchands de canons et hypocrisie du journal Libération qui intègre leur publicité dans ses mails aux abonnés. Le titre, "ReArm Europe" : Comment tirer profit du plus grand plan de relance militaire de l’histoire de l'UE d’ici 4 à 8 mois. Les trois arguments :
✅ Pourquoi l’Union européenne injecte 800 milliards d’euros dans l’industrie de la défense, créant une opportunité unique pour les investisseurs.
✅ Comment certains de nos lecteurs ont déjà réalisé des gains de +380% grâce à certaines de nos recommandations sur des valeurs clés du secteur militaire.
✅ Découvrez 9 entreprises européennes stratégiques qui devraient tirer profit de ce pactole gigantesque.
Les neuf entreprises ne sont évidemment pas nommées, mais ce n'est pas très difficile de les identifier.


À l'heure où la France honteuse fournit des armes au gouvernement criminel et génocidaire israélien (mais pas qu'à lui, la guerre est un business qui a toujours fait fleurir les porte-feuilles et les tombes), Libé se goinfre en offrant ses colonnes à ces salauds.


Raisonne évidemment à mes oreilles la chanson de Boris Vian intitulée Le petit commerce, musique d'Alain Goraguer.

vendredi 4 juillet 2025

Faute d'inattention


Comme l'amour, l'amitié se cultive. À s'endormir sur ses acquis on risque la rupture. Le passé ne peut être un gage du présent, encore moins de l'avenir. Une révision s'impose, sommaire ou complète, tous les 5000 ou les 10000, et pour les plus téméraires chaque matin, à l'heure où tant d'autres se rasent les antennes.
Les doléances peuvent parfois sauver une relation si elles sont entendues, assimilées. Si l'on ne change personne qui ne le souhaite, chacun peut rectifier sa propre position et entamer un nouveau cycle. On n'échappe pas à sa névrose, que l'on suppose d'origine familiale, mais il est toujours possible de l'aménager, soutenu par une assistance professionnelle ou with a little help from my friends.
Plusieurs fois dans ma vie j'eus ainsi la chance d'avoir des amis bien intentionnés qui eurent le courage de me remonter les bretelles en me renvoyant mes critiques façon boomerang dans certaines périodes de doute quelque peu désespérées. Si la révélation n'avait été brutale j'aurais fait ceinture jusqu'à la saint-glinglin. Leur réponse était toujours courte, une phrase indépendante, affirmative ou interrogative, mais sans échappatoire. Je leur sais gré de m'avoir sauver la vie dans ces instants fragiles comme à d'autres de m'avoir accompagné sur la durée.
M'ouvrant à des amis sur une récente déception ils évoquèrent l'ego surdimensionné de ce camarade. Or, dans la sphère artistique où j'évolue, nous avons tous un ego aussi démesuré. Le danger vient du manque d'attention que nous aurions envers celles et ceux qui nous entourent. L'égocentrisme a bon dos de justifier l'égoïsme. Le premier est souvent nécessaire au créateur, le second est la garantie de faillir jusqu'à la rupture, ultime ressource de l'autre, dans le cadre d'un couple, d'une relation amicale ou professionnelle.
Privilégier le mode affectif dans les rapports humains m'expose aux déconvenues, mais je ne peux imaginer vivre autrement que dans le partage. Pas seulement des biens, des idées ou des valeurs morales, mais aussi avec la certitude absolue que personne ne peut réussir seul. La position sociale ne pesant pas lourd face à la composante humaine, le collectif me semble l'unique chance de nous sortir du bourbier. Il m'est de plus indispensable de transmettre à mon tour ce qui me fut légué, de protéger celles et ceux que j'aime, d'apprendre à les écouter au delà de nos divergences, de ménager leur susceptibilité, de reconnaître à chacun son apport dans le puzzle inextricable dont nous composons tous ensemble les pièces.
M'entendant lui répéter les mêmes mots prononcés il y a quelques années face à des amis indélicats et perdus depuis, et que mon camarade connaissait par cœur pour en avoir été lui-même la victime, j'en eus la bouche pâteuse et la nuit insomniaque. Confronté à son incompréhension devant ce qui n'est qu'une position de principes le bilan s'est imposé, amer et dépressif. Ma responsabilité est entière, car dans tous ces cas je jouai le rôle de passeur, de père ou de moteur. Le sentiment d'échec que je ne peux m'éviter de ressentir, à l'image du monde que nous rêvions de léguer, ne m'empêche pas de continuer à construire des alternatives au calcul égoïste que le Capital impose comme modèle.

La glace a fondu depuis cet article du 19 mars 2013 !

mardi 1 juillet 2025

Entre les gouttes


On vit généralement dans un petit monde. Dans les fêtes nous rencontrons presque toujours des connaissances et de nouvelles têtes, dans mon cas particulièrement si l'on est parisien ou assimilé dans un milieu aux accointances avec l'art ou la culture. Il est également courant de s'y trouver des amis communs. Je me suis récemment aperçu que j'étais aussi étonné que l'on me reconnaisse ou que l'on ignore tout de mon travail. Plus je m'éloigne de chez moi, plus l'étonnement est grand par exemple face aux musiciens qui savent qui je suis, et, dans le même temps, plus il est logique que je n'existe pas. C'est toujours délicat, pour moi comme pour mon interlocuteur, de devoir expliquer pourquoi ! Il me semble néanmoins que nous avons affaire à deux sortes de personnes, les curieux qui aiment remonter aux sources, fussent-elles anciennes ou actuelles, et celles et ceux qui se contentent du présent. Toute projection sur l'avenir m'apparaît pourtant intimement liée au passé. Par exemple, lorsque je croise des musiciens ignorant l'histoire de Bernard Vitet ou l'apport de notre groupe Un Drame Musical instantané à la composition instantanée appelée couramment improvisation, à la création collective, au ciné-concert, à l'introduction des nouvelles technologies, je suis surpris et forcément un peu déçu. La même chose quand il s'agit de mon propre nom, puisque voilà une vingtaine d'années que je signe en tant que tel, que ce soient mes disques, mes films, mes œuvres interactives ou mes articles. Si l'underground dans lequel j'évolue bénéficie d'une couverture médiatique bien supérieure à son rayonnement réel, il est compréhensible que l'on me retrouve en bonne place parmi les "rockers maudits et grands prêtres du son" croqués dans la bande dessinée de Le Gouëfflec & Moog ou dans les recueils de Philippe Robert, de l'Australien Ian Thompson ou de l'Anglais Alan Freeman. Encore faut-il s'intéresser à ce qui vous a amené là où vous êtes ! J'ai l'habitude de remonter le fil pour sortir du labyrinthe. Tout le monde ne partage pas cette interrogation qui me permet encore aujourd'hui d'avancer sans me contenter du présent, et de partager avec mes lecteurs, auditeurs, spectateurs, étudiants, etc., cette soif inextinguible. De toute manière aucun artiste n'est jamais satisfait de la reconnaissance qu'il suscite, et ce quelle que soit sa notoriété.