70 Humeurs & opinions - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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mercredi 17 juin 2026

À la fin de l'envoi je touche


Article toujours d'actualité (il date du 7 novembre 2013) comme tous ceux que je reproduis des années plus tard. J'ai conservé certain/e/s lecteurs/trices, mais j'en ai gagné tant de nouveaux/velles en 21 ans de bons et loyaux services.

Que l'on m'envoie un disque, un film ou un livre on préférerait toujours ne susciter que des réactions dithyrambiques voire inconditionnelles. Et moi donc ? Comme Diaghilev s'adressant au jeune Cocteau un soir Place de la Concorde je rêve d'être étonné. Et à mon tour d'espérer étonner lorsque mes œuvres sont sur la sellette. On sait bien que le contenu d'une chronique est moins capital que signifier l'existence de l'œuvre critiquée. Il n'existe rien de pire que l'indifférence. Combien de destinataires, certes débordés, font la sourde oreille et ne prennent pas la peine de répondre aux nombreuses sollicitations qui les assaillent quotidiennement ? On les comprend et l'on enrage.
Dans une chronique les sous-entendus sont parfois plus importants que les superlatifs, encore faut-il savoir les lire ! La critique parle toujours d'abord de celui ou celle qui l'a écrite avant la description de l'objet. Les journalistes qui l'ignorent se leurrent et nous endorment.
Les artistes et autres faiseurs devraient anticiper les réactions de ceux à qui ils s'adressent en connaissance de la production des sollicités... Combien de jeunes artistes ou producteurs envoient leurs disques ou appellent sans s'être préoccupé de savoir qui sont leurs interlocuteurs et ce qu'ils produisent ! Ils perdent à la fois leur temps et leur argent, s'exposant à la déconvenue voire à la dépression. Mieux vaut ne s'adresser qu'à quatre ou cinq personnes dont on aime le travail et le leur exprimer tout en suggérant que ce que l'on fabrique vibre en sympathie avec eux. Apprenons à être aimé par ceux et celles que nous aimons et à aimer celles et ceux qui nous aiment au lieu de nous battre contre des moulins à vent ! Jean Renoir prétendait que l'on ne convainc jamais personne qui ne veuille être convaincu...

jeudi 28 mai 2026

Dyade pour piano et harpe préparés


J'admets que la simple idée de piano préparé me met en joie, et ce depuis que j'ai découvert le disque que François Tusques lui consacra en 1977, suivi aussitôt par les Sonates et Interludes que John Cage composa à la fin des années 40. Ce sont le plus souvent des musiciens de jazz et les improvisateurs qui s'en entichent, glissant toutes sortes d'objets sur et dans les cordes comme Ève Risser, Benoît Delbecq, Françoise Toullec, Sophie Agnel, Stevan Kovacs Tickmayer, Roberto Negro... De mon côté je me sers de quantités de pianos préparés virtuels comme celui de l'IRCAM qui permettent des facéties inédites. Quant à la harpe chromatique, c'est évidemment à Hélène Breschand et Rafaelle Rinaudo que je pense lorsqu'il s'agit de lui faire supporter cette sorte d'outrages...
Découvrir la récente dyade d'Émilie Chevillard et Peggy Buard est donc une merveilleuse nouvelle, d'autant que leur approche est musicalement très différente de celles et ceux précités. La harpiste et la pianiste sont plus proches de l'école minimaliste, s'inspirant également de la musique traditionnelle bretonne où l'on retrouve évidemment l'aspect répétitif. On sent le bois sous les marteaux, les cordes sous les doigts, mais les compositions sont très minérales. Leurs spirales vous envoûtent et vous emportent sur un tapis volant qui ressemble à une marelle, entre ciel et terre.

→ Émilie Chevillard et Peggy Buard, Dyade, CD Yolk Records, dist. Believe, sortie le 5 juin 2026

vendredi 1 mai 2026

Non, je ne suis pas journaliste


Non, je ne suis pas journaliste. Je commençais ainsi déjà cet article du 7 octobre 2013 que je dois amender ! Mais que suis-je alors pour tenir cette chronique quotidienne depuis 22 ans, soit plus de 6000 articles au compteur. Et quid des autres casquettes qui me coiffent un jour sur l'autre ? Les véritables journalistes ont coutume de m'affubler du terme de touche-à-tout, je préfère quand les flatteurs ajoutent "de génie" pour que leur qualificatif n'apparaisse pas trop dépréciateur. Il est certain qu'après plus de 50 ans d'activité, vivre de mon travail atypique peut laisser penser aux sceptiques qu'il doit tout de même y avoir quelque chose de bien dans ma musique bizarre ou mes innommables créations !
J'adore la réponse de Jean Cocteau qui en face de profession écrivait "sans (toutes)". Suis-je vraiment cinéaste pour ne repasser à la réalisation que tous les vingt ans ? Écrivain pour n'avoir écrit que deux romans ? Producteur pour n'avoir jamais produit que mon travail ou celui de mes proches ? Difficile d'en dire autant de mon travail sonore. J'ai composé plus de 2000 œuvres, publié près de 200 albums, composé la musique de centaines de films, CD-Rom, sites Internet, œuvres interactives, spectacles, etc., et réalisé un nombre incalculable de travaux aujourd'hui assimilés au design sonore. En octobre 2009 j'avais rédigé un billet d'autosatisfaction intitulé Orgueil, histoire de me remonter le moral dans un moment de doute ? Ou au contraire, comme aujourd'hui, soulagé que les affaires reprennent ! Je ne manque jamais de travail, mais parfois les projets rémunérés ou les retours sur investissement se font attendre. À vrai dire, l'âge profite plus à la renommée qu'au nombre de propositions, ce qui est un peu rageant lorsque l'on perçoit le nombre de projets où l'on pourrait être incomparablement utile !
En tout cas, je ne suis pas journaliste. Encore que Cocteau, toujours lui, parlait de poésie de journalisme comme il disait poésie de cinéma ou de théâtre. Peut-être en avais-je assez de lire des inepties ou simplement rien du tout sur les sujets qui me passionnent ? J'évite ce dont tout le monde parle et que les pros traitent avec zèle, à moins d'avoir un point de vue personnel ou différent, et n'écris que lorsque l'inspiration se présente. C'est un blog essentiellement solidaire et militant, où j'insère régulièrement le "discours de la méthode". Si je passe trois heures par jour à tenir ce journal extime en tentant d'être le plus sincère possible, c'est avant tout pour transmettre à mon tour ce qui me fut légué par mes maîtres et par la vie expérimentale que j'eus la chance de mener jusqu'ici. À mon âge partager est devenu plus indispensable que jamais. Après avoir accumulé tant de trésors je sais maintenant que je n'aurai plus le temps d'en profiter. Relire ma bibliothèque (ce que j'imaginais un jour relire ressemblait à l'avenir, maintenant que je sais que je n'en aurai pas le temps c'est devenu le passé), réécouter ma discothèque, revoir tous les films... Je me débarrasse des vêtements que je ne remettrai jamais (d'autant que j'ai grossi, ce qui ne me plaît guère, il faut bien qu'un truc cloche), mais j'ai conservé des machines que je rebranche de temps en temps... Donner est aussi agréable que recevoir.

lundi 23 mars 2026

Bagnolet conquise


Depuis 50 ans que je vote j'ai rarement vu le candidat que je soutenais gagner une élection. C'est peut-être même la première fois. Je figurais en queue de la liste menée par Edouard Denouel à Bagnolet et je me suis particulièrement investi dans la campagne qu'il a menée, soutenu par LFI, EELV, Assemblée de Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun. La semaine dernière étaient venus à la rescousse Marine Tondelier, Assa Traoré, Bally Bagayoko (le nouveau maire de Saint-Denis) et Mohamed Gnabaly (l'un des vice-présidents de l’Association des maires de France). Il fallait absolument déboulonner le maire sortant PS Tony Di Martino dont la gestion de la ville était calamiteuse avec ses deux mandats successifs. De son côté il avait fait alliance avec le PCF moribond, l'horrible Raquel Garrido et Pierre Vionnet dont le retournement de veste me levait le cœur. Pour sa liste dite citoyenne qui accueillait toutes sortes de personnes dont des racistes patentés (ou très tentés puisqu'il n'y avait aucune liste de droite à Bagnolet) Di Martino lui avait offert 18 sièges (au lieu des 9 que la loi lui octroyait ou des 11 proposés par Denouel) et de lui laisser la ville à mi-mandat ! Vionnet serait devenu maire dans trois ans avec 15% des voix. J'aurais accepté de perdre une fois de plus les élections, mais j'ai toujours eu la trahison en travers de la gorge, car Vionnet avait fait toute sa campagne contre celui qu'il appelait Don Martino. Il est certain que le nouveau maire va avoir du pain sur la planche pour assainir la ville tombée de Charybde en Scylla. Nous aurons aussi à nous coltiner ceux qui soutenaient Di Martino, en particulier le maire PCF de Montreuil Patrice Bessac qui est président d'Est Ensemble et le député Alexis Corbière dont la qualité première est l'absence, mais nous espérons bien redonner des couleurs à la ville en reprenant tout ce que l'ancien maire a négligé. La presse présente la victoire d'Edouard Denouel comme écologiste, c'est vrai même s'il vient de LFI ! L'écologie n'est viable que dans une perspective révolutionnaire. Aïe, le terme fait peur, or je n'imagine pas que nous sortions du marasme politique et social sans une refonte totale du système qui nous oppresse et nous formate. La liesse hier soir à la Mairie de Bagnolet faisait chaud au cœur.

mercredi 18 mars 2026

De déception en déception, et puis...


Il faisait beau. J'ai enfourché mon vélo pour aller au Grand Palais à la présentation de l'exposition Nan Goldin, This Will Not End Well. On verra que cela ne finit pas forcément mal, mais la journée ne s'est pas passée comme sur des roulettes. Au niveau du BHV la courroie d'une de mes sacoches s'est prise dans la chaîne et l'a fait dérailler. Me voilà à genoux en train d'essayer désespérément de la replacer au milieu de la rue de Rivoli. Sans succès. J'ai juste réussi à tartiner mes gants de cambouis. J'ai donc remonté l'engin jusqu'au Réparateur de bicyclette boulevard Sébastopol qui m'ont dépanné aussitôt. (Photo : Still from Sirens, 2019-2020 © Nan Goldin)

Comme je suis un peu essoufflé, j'oublie la nouvelle ahurissante du matin, la trahison de la tête de liste Réussir Ensemble à Bagnolet. Franchement je croyais Pierre Vionnet un type honnête lorsqu'il m'a assuré que jamais il ne rallierait le maire sortant Tony Di Martino. Il avait fait toute sa campagne contre lui et ses méthodes. J'avais déjà constaté que les élections municipales ressemblent plus au marché de l'emploi qu'à des engagements politiques au service des citoyens. Il a donc négocié son appui contre 18 sièges (au lieu des 9 que les résultats lui octroyaient) et un passage de bâton de maréchal à mi-mandat. Drôle de démocratie où l'on nous choisit le prochain maire pour dans trois ans sans qu'il ait été élu, un gars qui n'a récolté que 15% des suffrages. Les communistes qui avaient la moitié de représentants dans la liste Di Martino sont évidemment les dindons de la farce. Quelle tambouille ! On ne va pas s'affoler pour autant, Edouard Denouel, à la tête de la liste Bagnolet Collectif que je soutiens (avec EELV, LFI, Assemblée des Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun), peut espérer que les électeurs qui ont voté pour Vionnet contre Di Martino ne tomberont pas dans le panneau, voire que les trotskistes des trois petites listes relèvent leurs manches, le poing levé contre le PS et ses magouilles. Ce n'est pas gagné, mais si les Bagnoletais en ont vraiment marre du système Di Martino, il va falloir qu'ils aillent voter dimanche prochain.

C'était un petit a-parte, parce que j'ai garé mon vélo et que je me dirige vers l'exposition de Nan Goldin. Si j'aime beaucoup son travail, je ne vois pas l'intérêt de ces six écrans de taille moyenne où sont projetés des diapositives ou des petits sujets vidéo sur des musiques préexistantes choisies sans lien avec les propos. Quand je pense que j'ai pu parfois être critique avec les images de 9 mètres sur 9 que nous projetions au Théâtre Antique d'Arles avec des musiciens en direct ! Les thèmes sont ici tirés par les cheveux, ça passe du coq à l'âne, une logorrhée visuelle et sonore sans queue ni tête. La photographe, qui avait réalisé il y a quatre ans l'intéressant documentaire Toute la beauté et le sang versé, qualifie son diaporama fourre-tout de “films composés de photos”. Au secours ! On essaie bien de nous faire avaler que Marty Supreme ou Le testament d'Ann Lee sont des films formidables...


J'espère me remonter le moral en marchant jusqu'aux expositions Eva Jospin et Claire Tabouret. C'est intéressant, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. En période de disette on se contente de peu. Je ne regrette pas d'y être allé, mais je n'en garderai probablement aucun souvenir. Les grottes de carton d'Eva Jospin sont sympas, c'est du boulot, mais cela me fait penser aux chefs d'œuvre des maîtres artisans. Quant aux vitraux de Claire Traboulet, c'est tout de même d'une grande banalité.

Je remonte sur mon vélo pour aller déjeuner japonais rue Sainte Anne, cela devrait me requinquer, mais la plupart des restaurants ont terminé leur service. C'est là que je décide d'inverser la tendance. Doù le "et puis" de mon titre. Donc épuisé, je fais quelques courses de produits frais chez ACE Mart : poulpe et calamars pimentés en saumure, feuilles de sésame épicées, salade aux algues fraîches, kimchi. En face ils ont une nouvelle succursale où j'achète un kimbap et un onigiri que je dégusterai au soleil à la maison quand je serai rentré. Comme un bonheur n'arrive jamais seul, en grimpant la rue Pelleport je croise Hervé Legeay. Nous avons toujours mille histoires à nous raconter en riant de l'absurdité du monde. Puisque j'ai décidé de redevenir positif, j'ajoute que le réparateur de vélo ne m'a pris que 8 euros.


Je digère mon repas coréen en écoutant le formidable disque du Moment's Notice Trio que György Kurtág Jr m'a envoyé. Avec le génial joueur de cymbalum Miklós Lukács et le lyrique László Göz au trombone, à la trompette basse, à l'ocarina et aux coquillages, mon camarade synthésiste joue du clavier qu'il transforme avec des pédales d'effets. Leur Creation, parue sur le label hongrois BMC en 2019, m'enthousiasme autant que le duo de György avec le contrebassiste Barre Phillips chroniqué récemment ou les disques de Lukács comme son trio avec Mathias Lévy et Mátyás Szandai s'appropriant Bartók. J'aime ne pas savoir qui joue, si c'est acoustique ou électronique, j'adore la liberté qu'ils empoignent à pleines mains et qui enchante mes oreilles, comme les surprises qu'elle engendre. L'improvisation n'est pas un style, je le répète, c'est une manière de vivre, d'exprimer l'instant avec des sons, de les organiser comme des cathédrales ou de petites huttes. C'est enregistré en public à Budapest, sept pièces de I à VII, libre aux auditeurs de se faire leur propre cinéma.

Et faites barrage à l'extrême-droite autant que possible, sans oublier pour autant que le surnom de Glucksmann est Macron II.

mardi 17 mars 2026

Où l'espoir va se nicher


J'avais rédigé le petit texte ci-dessous le 13 juin 2013. Quel rapport avec les élections municipales ? Aucun, si ce n'est mon engagement politique. Comme tout le monde, ou presque, je me sens impuissant devant la dérive des continents comme des incontinents. Face aux situations nationales ou internationales qui nous échappent ou des dirigeants qui ne respectent pas le vote des citoyens, nous pouvons nous engager tout de même localement, avec nos proches, nos voisins...
Horrifié par la manipulation d'opinion qu'exercent les médias aux mains de milliardaires réactionnaires qui défendent leur pré carré, en particulier le prétendu antisémitisme de LFI, j'ai accepté de figurer sur la liste électorale de ma ville qui m'apparaissait la seule capable de lui redonner une morale. Il fallait absolument se débarrasser du maire socialiste à la gestion désastreuse depuis douze ans, d'autant qu'il est associé au PCF, parti du précédent maire qui nous a endettés jusqu'à plus soif et qui joue là ses dernières cartouches avant coma profond ainsi qu'à Raquel Garrido qui mérite les pires qualificatifs. Ces trois-là se sont tirés dans les pattes à qui mieux-mieux pendant toutes ces dernières années, et les voilà qui prétendraient s'entendre pour continuer à ruiner la ville. L'autre liste, dite citoyenne, arrivée troisième, se place sur le marché de l'emploi des tambouilles électorales, gangrénée par des racistes qui n'ont pas trouvé ailleurs où se glisser vu qu'à Bagnolet il n'y a pas de liste du centre, de droite ou d'extrême-droite. Je ne parle pas des listes NPA, LO et Parti des Travailleurs dont le score est symbolique quoique important pour le second tour. Car la liste, où je figurais tout en bas, menée par Édouard Denouel et soutenue par LFI, EELV, Assemblée de Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun, est arrivée première ! Esprit indépendant, cela ne m'est presque jamais arrivé depuis plus de cinquante ans où je participe, plein de doutes voire radicalement critique, au système de la démocratie indirecte. On verra bien dimanche prochain, mais j'espère que les Bagnoletais se bougeront pour redonner des couleurs à leur ville.

LA CRISE A BON DOS

Aujourd'hui toute négociation salariale ou budgétaire se voit imputée une équation à une inconnue qu'on appelle la crise. Chaque patron ou client renvoie ses employés ou ses fournisseurs à un système pyramidal en amont qu'il se trouve contraint d'appliquer en aval. Il prétendra ne pas pouvoir payer le travail à sa juste valeur sous prétexte que ses subventions ont baissé ou qu'il est lui-même en butte à des restrictions. Le travailleur n'a évidemment aucun contrôle sur la manière dont est ventilé le budget, ce qui n'a rien de nouveau. Le capitalisme est toujours basé sur la plus-value. Le patron paye le travail à un prix, mais le facture majoré d'une somme qu'il s'attribue. Cet argent est destiné aux frais de fonctionnement de son entreprise, mais la plupart du temps il sert à payer des salaires mirobolants à la direction ou à ses actionnaires. La transparence étant devenu un exercice de style, il pourra présenter aux critiques des tableaux justifiant la peau de chagrin. Si chacun connaît bien ce que je viens d'expliquer de façon très schématique, il n'empêche que la crise a bon dos de réduire les budgets alloués par exemple à la culture, licencier les ouvriers à tour de bras, saccager tout ce qui n'est pas d'un rendement immédiat et juteux. Dans les secteurs où l'emploi n'est pas constant comme dans le spectacle, on ne ferme pas les usines, mais on baisse les salaires des travailleurs en CDD (contrat à durée déterminée) de manière totalement délirante. Il n'est pas rare que les réductions entre l'an passé et cette année atteignent jusqu'à 60%. Dans les entreprises où ces coupes sont dramatiquement pratiquées on constatera souvent que les salaires des dirigeants pourront même augmenter. Sans organisation syndicale conséquente ou solidarité de bon sens, les jeunes arrivés récemment sur le marché du travail n'ont pas d'autre choix que de casser les prix. La qualité s'en ressentira forcément, mais nous vivons une époque dont c'est le cadet des soucis des nantis à la tête de l'économie, locale ou internationale.
Comment réagir face à ce marasme ? Certains choisiront de bâcler ou de saboter, mais c'est se tirer une balle dans le pied. Si l'on ne se contente pas de gagner sa vie, l'amour du travail bien fait est tout ce qu'il reste au travailleur. Face aux compressions de personnel et aux exigences de rendement, on assiste aux comportements les plus absurdes : agressivité et incompétence sont trop souvent devenues l'apanage de notre administration. Les suicides sont de plus en plus courants. En matière de relations humaines, c'est la dégringolade. Constatez comment sont reçus les chômeurs à Pôle-Emploi. Ses préposés, pourtant eux-mêmes salariés, leur font souvent sentir avec mépris qu'ils sont des assistés, quand les vrais assistés sont les actionnaires des sociétés dont les bénéfices ne sont le fruit d'aucun travail. La grève est un crève-cœur qu'il serait judicieux de faire évoluer vers une grève du zèle. Par exemple, au lieu d'arrêter les transports en commun on pourrait les rendre gratuits. C'est illégal. Mais qui a décidé que c'était illégal ? Le droit de grève le fut longtemps. Si la pente de la courbe exponentielle qui rabote tous les anciens acquis se fait de plus abrupte il ne faudra pas s'étonner que la colère finisse par éclater. Ce rapide survol de l'exploitation de l'homme par l'homme peut s'étendre à toutes les espèces de la planète et à ses ressources les plus élémentaires. Devant autant de cynisme, de gâchis et d'injustice, la révolution [inscrite sur mon collage de 1968 retrouvé à la cave !] est de plus en plus [nécessaire, même si cette perspective semble bien lointaine].

mercredi 4 mars 2026

Pôle-Emploi, dernière étape


Il y aura de nombreux points d'exclamation dans l'histoire que je vais raconter aujourd'hui. Pour arriver au bout de mes peines [cet article date du 17 octobre 2013 et pour les âmes sensibles je "spoile" que ça finit bien !], il m'aura fallu beaucoup de courage, d'entêtement, de patience, d'humour, de persévérance, de résistance et du temps, beaucoup de temps qui l'eut été plus intelligent et productif de passer autrement.

[J'espérais donc que c'était le dernier billet que j'écrivais] sur mes aventures d'intermittent du spectacle voué à la retraite dans un avenir plus ou moins proche. J'aurai comptabilisé les trimestres nécessaires le 1er avril 2015. Ce n'est pas une blague. J'ai déjà publié quelques épisodes de cette Passion des temps modernes : La retraite au flan bof, Overdose d'incompétence, Assez d'hics !, Rebelote à Pôle-Emploi. Il semble que je sois enfin tombé sur un salarié compétent de cette officine. Cela se termine toujours ainsi, mais il faut s'accrocher !

J'ai déjà expliqué ici que mes courriers ne parviennent jamais à mon agence locale de Pantin : comme ils sont filtrés par l'agence régionale de Bobigny qui ne les fait pas suivre, je les dépose dans leur boîte aux lettres ! D'où d'indispensables visites que je commets régulièrement le mercredi matin dès 9h (en arrivant une demi-heure plus tôt) pour ne pas me coltiner des queues de quarante personnes. Le mercredi est le jour le moins fréquenté, remercions les enfants en âge scolaire ! La question épineuse concernait le maintien de mes allocations à l'approche de la retraite. En effet il est important de savoir qu'à partir de 60 ans et des poussières nous pouvons bénéficier des allocations, jusqu'à l'obtention du nombre suffisant de trimestres pour bénéficier de sa retraite à taux plein, sans avoir besoin de réunir les sempiternels 43 cachets minimum de 12 heures (ou 507 heures). Il suffit de continuer à pointer et cela devrait aller comme sur des roulettes.

Sauf que Pôle-Emploi m'écrivait systématiquement, vous allez comprendre que cet adverbe est le seul correct, que je devais justifier de 9000 heures de travail dont 1521 dans les 3 dernières années ou d'au moins 15 ans d'activité, et, seconde condition, d'au moins 100 trimestres d'assurance vieillesse tous régimes confondus (cette condition a déjà été abordée lors de mes précédents articles et résolue !). Réunissant toutes ces conditions, et bien d'autres mais je vous fais grâce de moult détails de taille, je fus surpris que l'on me réponde à quatre reprises que non, sans pour autant m'en expliquer la raison. Car je totalise plus du double d'heures requises et près de 40 ans d'activité salariée ! Je réclamais, on me répondait toujours la même chose. J'ai fini par avoir une personne diligente au 3949 pour m'apprendre que Pôle-Emploi n'avait trace de moi que depuis juin 1999, soit 25 ans de carrière égarés ! Pour une fois je pris l'absurde nouvelle avec le sourire puisque j'avais consciencieusement conservé toutes mes feuilles de salaire, classées année par année. Comme il n'y a aucun contact possible entre le service téléphonique de Pôle-Emploi et leurs agences il me fut conseillé de faire des photocopies des années manquantes et de m'y déplacer. Vu le nombre inimaginable de feuilles, j'y suis allé avec mes originaux dans une brouette. En me voyant arriver avec un énorme carton la jeune fille de l'accueil me demanda ce que je venais livrer. Je clamai haut et fort que c'était les 25 ans de carrière que Pôle-Emploi avait perdu. Devant le scandale évoqué je fus reçu illico et l'on me donna un double rendez-vous, soit deux fois 45 minutes qui se suivent. Trois quarts d'heure est l'unité de rendez-vous à Pôle-Emploi.

Si vous avez réussi à me suivre jusqu'ici c'est maintenant le plus savoureux. Un logiciel informatique (qui ne fait toujours pas les additions, c'est au préposé de compter sur ses doigts) a remplacé le précédent que les plus jeunes employés sont incapables d'utiliser. Or celui-ci ne remonte pas au delà de 1999, le suivant non plus évidemment ! Les archives sont inaccessibles à l'un comme à l'autre. Si vous avez le sens des chiffres vous comprendrez qu'un système qui doit vérifier que l'intermittent a bien 15 ans d'ancienneté, mais qui ne peut remonter que 14 ans en arrière, provoque des crises, d'hilarité ou dramatiques selon les dispositions du sujet. J'aimerais savoir qui a réalisé les deux systèmes informatiques et combien ils furent facturés. Cela sent le scandale à plein nez...

Il ne reste donc qu'une solution, apporter suffisamment de feuilles de salaire antérieures à la date absurde. Le préposé aura la gentillesse de les rentrer une par une dans sa machine et de les photocopier. Heureusement il me manquait seulement 500 heures pour arriver au compte et ma brouette s'avéra exagérée en regard des exigences administratives. Si aucun de mes employeurs ne remplit de manière fantaisiste les AEM je ne suis plus susceptible de retourner jamais faire la queue à Pôle-Emploi, ce qui est un peu triste puisque je ne pourrai plus faire rire mes camarades en leur détaillant ses rouages kafkaïens. Heureusement l'administration française a d'autres ressources !

P.S.: à ma sortie de l'IDHEC en 1974 le réalisateur Louis Daquin, alors directeur des études, m'appela dans son bureau : "je ne t'ai probablement rien appris pendant ces trois ans, mais je vais te donner un conseil fondamental : conserve précieusement toutes tes feuilles de salaire en les classant année par année. Je repense souvent à la bienveillance de ce vieux syndicaliste qui prit sa retraite en 1977 et mourrut trois ans plus tard.

P.P.S.: il y a maintenant plus de dix ans, ayant commencé jeune et arrivant à taux plein, j'accédai au régime merveilleux de la retraite, merveilleux en ce qui concerne le stress car cela ne changea en rien mes activités. Il fallut encore néanmoins une huitaine de mois (le marathon continua donc quelque temps, car il manquait la réponse d'une caisse à laquelle je n'avais jamais cotisé !) avant que les sous tombent régulièrement chaque début de mois !

lundi 2 mars 2026

Souvenir de Pôle-Emploi


Aujourd'hui le MEDEF tente de faire passer de 507 à 557 le nombre d'heures nécessaire sur 12 mois pour accéder aux droits des intermittents du spectacle. Ceux-ci n'ont pas l'intention de se laisser faire... Pour ma part, depuis cet article du 31 mai 2013 qui avait été en une de Mediapart, j'ai heureusement changé de régime, passant de celui d'intermittent à celui de retraité, mais je reste évidemment solidaire de mes camarades plus jeunes. Pour évaluer un budget quel qu'il soit, on ne peut le regarder pas le petit bout de la lorgnette, car c'est l'économie dans son ensemble qui est à considérer, et non secteur par secteur.

Depuis la veille j'avais les boyaux façon scoubidou. L'idée d'aller faire la queue à huit heures du matin à Pôle-Emploi pour faire valoir mes droits m'était absolument insupportable. Devant le rideau de fer les chômeurs sont en colère contre l'inorganisation systématique de l'agence qui se livre à toutes sortes d'humiliations scandaleuses et totalement improductives. Si certains comprennent les enjeux financiers dont tous les citoyens sont victimes, la plupart s'insurge contre la publicité faite au mariage pour tous qu'ils jugent camoufler les véritables problèmes. Une jeune Polonaise regrette les promesses de Sarkozy sur la retraite. Un titi parisien se demande comment il va nourrir sa famille si ses indemnités sont encore retardées. Pendant ce temps-là l'argent travaille, il ne chôme pas, les termes sont impropres, il copule et fait des petits. Françoise me reprochera de ne pas avoir mis sur le tapis le revenu de base pour tous pour lequel les Suisses vont bientôt voter par référendum. Comme il n'y a pas de distributeur de numéros à l'entrée on est obligés de faire le pied de grue debout les uns derrière les autres. La grille s'ouvre. Une femme demande à aller aux toilettes. Un employé qui a déjà enfilé les sandales et T-shirt de ses vacances lui répond agressivement qu'il n'y en a pas alors que la pancarte est devant nous. Comme elle insiste, l'abruti lui répond que c'est fermé pour cause de plan Vigipirate et qu'il n'a pas le code ! Le ton monte. C'est pourtant un endroit public et certains attendront là plus de deux heures. On essaie de calmer le jeu en expliquant que si les préposés sont si odieux c'est que leur hiérarchie ne doit pas les ménager.
Cette fois j'ai affaire à un employé bienveillant. Aucun de mes courriers ne leur parvient depuis huit mois. Ses collègues toujours charmants qui répondent au 3949 n'ont aucun autre moyen de communication avec les agences locales que le mail. Leur seul latitude est la consultation de mon dossier et la constatation des faits : je n'aurais jamais répondu, etc. À tous les niveaux de cette chaîne brisée les interlocuteurs sont anonymes, ne permettant aucun suivi personnalisé. Il faut chaque fois tout reprendre au début. L'employé me raconte que leur logiciel a changé en 2009 et que seuls les anciens ont accès à ce qui est antérieur dans mon dossier ! Il m'explique aussi que le courrier posté à mon agence locale est détournée par le centre régional censé le redistribuer, mais ne le fait pas. Pourquoi ? Je vous laisse deviner. Plutôt que de faire perdre du temps à tout le monde en se fendant chaque fois d'une visite pour décoincer la situation, soit une croix à cocher pour valider l'indemnisation, il me susurre que la solution la plus simple consisterait à déposer simplement mes réponses dans la boîte aux lettres de l'agence locale pour éviter le filtrage absurde qui nous est à tous imposé. On marche sur la tête.

Photo prise à l'exposition Winshluss, un monde merveilleux au Musée des Arts Décoratifs, 2013.

samedi 28 février 2026

L'inconscient ignore les contraires


Prononcer Epstein ou Epstine, je m'étais fait la même remarque sans risquer d'être taxé d'antisémite, me souvenant de la prononciation américaine. La paranoïa qui consiste à chercher le moindre soupçon d'antisémitisme chez Mélenchon (dont je ne suis pas particulièrement fan) pour discriminer la LFI est vraiment louche. L'important est d'occulter son programme et de faire passer les affaires importantes au second plan. En me rappelant la remarque lacanienne que l'inconscient ignore les contraires, cette obsession de guetter chez Mélenchon le moindre écart de langage qui pourrait ressembler à de l'antisémitisme me fait craindre que c'est bien d'antisémitisme (inconscient) dont font preuve ceux ou celles qui s'engouffrent dans cette histoire qui frise le ridicule. Me voilà à mon tour souligner cette maladresse de langage, car c'en est une tout de même quand on sait les réactionnaires à l'affût de ce qui pourrait apporter de l'eau bénite à leur moulin à paroles. Que ce soit des paranos ou des imbéciles, sur FB je vire de mon mur les antisémites qui s'ignorent et les idiots qui se laissent manipuler par une presse vicieuse et putride.

mercredi 25 février 2026

Arrêté interdisant le port de la soutane


Est-ce d'avoir cherché l'article L121-31 du Code de l’urbanisme sur la servitude de passage des piétons le long du littoral qui m'a donné l'idée de publier cet article mien du 5 juin 2013 ? Je me demande chaque fois si c'est un hasard ou un lien inconscient. En tout cas un propriétaire n'a pas le droit d'installer une clôture bloquant le passage, ni planter un panneau “propriété privée – défense de passer”, ni mettre un chien pour dissuader, ni empêcher physiquement le passage sur une largeur de trois mètres... Quant à la soutane, c'est une autre histoire.

[Mon beau-frère Philippe, décédé récemment, m'avait envoyé] une photo prise à la Mairie du Kremlin-Bicêtre. De toute mon enfance je n'ai vu aucun Loubavitch rue des Rosiers, ni de femmes voilées ou de barbus à la Goutte d'or. Je me souviens par contre des bonnes sœurs en cornettes, des prêtres en soutane et des copains arborant en classe des petites croix autour de leur cou. Ils allaient tous au catéchisme et faisaient leur première communion. À la maison nous étions fiers de notre laïcité et n'avions que faire des grenouilles de bénitier et autres froums. Les camarades qui avaient été élevés dans des institutions religieuses s'amusaient à pousser des cris de corbeau lorsqu'ils croisaient un curé. Mon anticléricalisme se bornera à une critique politique de la religion opium du peuple et à une saine hilarité à la projection de La voie lactée de Luis Buñuel, film de 1968 qui met en scène les hérésies chrétiennes à l'origine de tant de massacres. Aussi éclatai-je de rire à la lecture de l'affichette datée du 10 septembre 1900 :
Considérant qu'il n'est pas juste de laisser le clergé bénéficier d'un régime de faveur lui permettant de se soustraire aux obligations que supportent tous les autres citoyens ; Considérant que le clergé est un groupe de fonctionnaires, qu'il importe particulièrement, en raison de leur nombre, de leur indiscipline naturelle et de la nature même de leur fonction complètement inutile au bien de l'État, de les rappeler en toutes choses au respect absolu de toutes les lois ; Considérant que puisqu'ils profitent matériellement des dispositions de la loi du 18 Germinal An X, il est spécialement utile qu'ils se soumettent à tous les articles de cette loi essentielle ; Considérant, en outre, que si le costume spécial dont s'affublent les religieux peut favoriser leur autorité sur une certaine partie de la société, il les rend ridicules aux yeux de tous les hommes raisonnables, et que l'État ne doit pas tolérer qu'une catégorie de fonctionnaires servent à amuser les passants (...) Est interdit sur le territoire de la Commune du Kremlin-Bicêtre, le port du costume ecclésiastique à toute personne n'exerçant pas des fonctions reconnues par l'État, etc.
L'arrêté est dommageable, car j'imagine comme il serait plaisant de voir sillonner dans les rues et les transports en commun des escouades de clowns chargés de répandre la bonne humeur parmi la population triste et dépressive. Philippe exagère un peu en se glorifiant que sa ville n'abrite aucune église, car seule sa scission d'avec Gentilly la priva d'un monument du culte. Il n'empêche qu'il y a des villes ou des époques où l'air est plus sain(t) qu'ailleurs !

mercredi 28 janvier 2026

Allégorie de la politique culturelle française


L'article datant du 10 mai 2013, j'aurais pu titrer la peau de chagrin, tant nous sommes allés de Charybde en Scylla. Rien n'a changé, tout a empiré. J'ajoute que je comprends mal le peu d'intérêt que suscite la culture dans les colonnes de deux des magazines qui me semblent les plus combatifs, à savoir Mediapart et Le Monde Diplomatique. Les aspects les plus explicitement politiques ont toujours représenté pour moi la façade d'un monde dont la culture abrite les racines. Quant à l'art, n'en parlons même pas ! Comme disait Godard, "la culture est la règle, mais l'art est l'exception."

Dans la sphère culturelle les réductions de budget vident les structures de leur sens. Au delà des frais fixes et incompressibles, immobilier et entretien, salaires des permanents, etc. il ne reste rien ou pas grand chose pour la programmation. Les lieux d'accueil deviennent des coquilles vides. Les artistes se retrouvent donc dans une situation de plus en plus précaire, les intermittents sont pour la plupart incapables de comptabiliser les heures nécessaires pour faire valoir leurs indemnités de chômage, sans parler des autres, condamnés à manger de la vache enragée. Tout le monde s'inquiète, mais la révolte est encore bien sourde face à l'austérité prônée par le gouvernement. Tout cela n'est évidemment qu'une question de choix, et tous les secteurs de l'économie sont touchés par cette politique criminelle et suicidaire. On jette à la rue les pauvres pour faire le lit des riches. Le nombre des nantis est pourtant inversement proportionnel à celui des exclus.
En regardant la cour du Palais Royal depuis la terrasse du Ministère de la Culture j'ai cru y voir une allégorie de ce gâchis. Au premier plan les colonnes de Buren sont entières, mais derrière ce petit rempart toutes les autres sont sciées à la base, asphyxiés par les bâtiments historiques qui les encadrent dans une bienséance de façade.


Le personnage qui erre au milieu de cette forêt décimée me rappelle le héros de bande dessinée Léon-La-Terreur ou le photographe Gilbert Garcin [...]. Dans des registres différents leurs deux bonshommes cravatés noir et blanc dynamitent les conventions et nous interrogent sur l'absurdité de notre monde.

mercredi 21 janvier 2026

Les tests ravageurs


Au début des années 90 le laisser-faire du siège de Sarajevo avait marqué le blanc-seing à des outrances que la fin de la seconde guerre mondiale avait interdites jusque là. Avaient suivi aussitôt le génocide rwandais et la guerre en Tchetchénie.
L'incroyable non-intervention à Gaza contre le régime génocidaire d'extrême-droite de Netanyahou a de même montré à son complice étatsunien qu'il pouvait pratiquer le même cynisme sans craindre les foudres des autres pays.
Trump est intervenu ainsi au Venezuela, annonçant ses vues sur le Groenland, le Canada, Cuba, etc. Israël et les USA mettent fin à l'ONU qui était parfois intervenu dans le passé. Ils offrent également une opportunité à la Russie pour le Donbass, à la Chine pour Taïwan et à quiconque aurait des envies expansionnistes sur son voisin.
Ce n'est pas que les guerres coloniales ou les politiques impérialistes avaient cessé, mais cela ne se revendiquait plus au grand jour depuis le délire nazi. Cela n'a pas empêché 25 chefs d'états africains de mourir assassinés depuis les années 60. Mais aujourd'hui les services secrets ne servent même plus à rien. Tout se fait au grand jour. Nous sommes entrés dans une période où le cynisme est explicite.
Comme je l'évoquais récemment, cette arrogance a toujours perdu les puissants. Mais entre temps les populations, qui n'ont rien à voir avec les bras de fer économiques des élites gouvernantes, en prennent pour leur grade. Rappelons la célèbre phrase de Paul Valéry : "La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent bien mais ne se massacrent pas."
La seule chance que nous ayons est d'arrêter les Docteurs Folamour au pouvoir en refusant, de toutes parts, d'y aller et en espérant que le capitalisme s'épuise de lui-même selon les lois de l'entropie qui, sinon, risquent de s'appliquer à l'humanité toute entière.

dimanche 4 janvier 2026

Des espoirs


À l'origine c'est un post publié sur FaceBook, et puis chemin faisant j'ai pensé le copier ici.

Plafonnant sans cesse aux 5000 "amis", limite imposée par FB, je retire systématiquement les idiots pour pouvoir accepter de nouvelles invitations. Ainsi, même si je les aime bien parfois dans la vraie vie, je vire les camarades qui ne comprennent rien au désordre du monde. Leurs propos me dépriment tout simplement lorsqu'ils affublent LFI (à laquelle je ne suis pas affilié) d'antisémitisme, lorsqu'ils justifient le génocide des Palestiniens en évoquant le Hamas, lorsqu'ils n'identifient pas les provocations et les ingérences des USA secondés par l'OTAN, lorsqu'ils tiennent des propos racistes, machistes ou tout simplement idiots, alors que grâce au plus grand nombre des autres j'apprends plein de choses et que leur solidarité m'aide à supporter l'absurdité de l'espèce humaine. Je comprends que certain/e/s défendent leurs privilèges de classe, j'ai plus de mal lorsque ceux qui n'en profitent pas les soutiennent becs et ongles.

Je pense avec désespoir au monde que nous laisserons, incapables d'enrayer la catastrophe générée sur l'autel du profit à court terme. Certain/e/s y verront de la sensiblerie de ma part, moi qui vis à l'abri d'un home sweet home, protégé par les restes d'un pays qui fut socialement exemplaire, sans être dupe du coût généré par son colonialisme, toujours actuel, même si déguisé. Notre impuissance me pousse à œuvrer dans une politique de proximité, en marge de tous les systèmes qui n'ont apporté que misère, injustice, corruption, mort et cynisme. Il y eut dans l'Histoire quelques avancées fondamentales, mais la résultante est hélas négative.

J'ai plusieurs fois tenté de quitter FaceBook, mais je n'ai pas trouvé de plateforme d'information plus efficace dans le cadre de mes activités professionnelles, ou politiques. Je lis évidemment Mediapart et Blast, parfois Le Monde Diplomatique, et survole les grands médias aux mains des quelques milliardaires, histoire de savoir tout de même ce que les réactionnaires nous concoctent.

Mes articles quotidiens, au moins du lundi au vendredi, abordent généralement des sujets absents ailleurs, en particulier dans le domaine culturel. La presse lui réservant plus que jamais une peau de chagrin, mon blog est un espace militant et solidaire. Je ne suis pas journaliste, d'une part un simple citoyen, d'autre part un artiste conscient de l'importance que chacun peut revêtir pour l'autre. Aucune humilité de ma part, c'est simplement le fruit d'un travail acharné à l'écoute des bruits du monde et de la quête poétique de mon inconscient, d'où une certaine forme d'égocentrisme propre à tous les artistes, en espérant toujours toucher le plus grand nombre, même si c'est très relatif au vu de la marginalité de ce que représente la recherche en matière de création artistique. Penser par soi-même est un vœu pieux, mais on fait ce qu'on peut avec les moyens du bord.

P.S.: Ne manquez pas demain lundi "USA le complot", une émission de création de 1983 réalisée par Un Drame Musical Instantané !

jeudi 1 janvier 2026

Une année explosive !


Cette nouvelle année, je vous la souhaite explosive. C'est pourtant le contraire d'un appel à la guerre, à la violence ou à quoi que ce soit de négatif, mais la situation ne peut plus durer. Je rêve en effet que ce monde inique, cynique, lâche et criminel laisse la place à la solidarité, à la justice, et pourquoi pas à la vieille trinité liberté-égalité-fraternité rangée aux oubliettes par une clique de politicards véreux à la solde des très riches qui ont déclaré la guerre aux pauvres. Le capitalisme est arrivé à une extrémité qui nous condamne tous et toutes s'il ne s'écroulait de lui-même par son absurdité maladive et suicidaire. Les puissants auront beau construire des bunkers sur des îles lointaines, ils se feront dézinguer par leurs domestiques et leurs agents de sécurité dont ils ne peuvent se passer. Je repense au film Sans filtre (Triangle of Sadness) de Ruben Östlund. Le mauvais scénario est la destruction de la planète vers laquelle nous courrons tête baissée. Mais on peut toujours rêver, on peut toujours s'aimer, je ne sais pas pour combien de temps encore, mais raison de plus, se souhaiter une année moins dégueulasse que celle qui laisse se perpétuer un génocide qui fait honte à ce qui me fut léguer. Dans l'histoire de l'humanité le désespoir a souvent accouché de miracles, parce qu'alors on n'a plus le choix. En attendant, je reproduis une des vitrines de Bernard Belluc exposées à Sète au MIAM, mais mes vœux sont sincères. Si vous ne pouvez pas changer le monde, aimez vous les uns les autres, embrassez vos voisins, protégez la faune et la flore autour de chez vous, partagez la tendresse que je vous envoie puisque vous m'avez lu jusqu'ici.

mardi 28 octobre 2025

Les effets de bord providentiels de l'I.A.


Soyons clair, l'Intelligence Artificielle est une révolution dont on ne connaît pas encore véritablement les effets sur l'humanité. Internet et les téléphones portables ont déjà totalement transformé les usages de toutes les populations. D'un côté je croise des enfants de trois ans qui naviguent sans contrôle sur leur smartphone, de l'autre les migrants ne sont plus isolés dans leur douloureuse errance de pays en pays. D'un côté je vois des adolescents rivés à leur écran, de l'autre des personnes qui vivent dans des contrées reculées retrouvent un lien avec l'extérieur. Mais on voit bien que l'I.A. à la solde des médias possédés par les puissants de la planète sont de nouveaux outils de manipulation considérablement plus dangereux que tout ce qui les a précédés. Les citoyens ne pouvaient déjà plus faire confiance aux informations qui leur sont imposées. Les deepfakes n'arrangent rien. Ce n'est pas nouveau, le roman national existe depuis des siècles, les croyances les plus absurdes animent la majorité de la planète. L'I.A. ne va vraiment rien arranger ! C'est une nouvelle église, le culte du robot suprême. Le fantasme des machines prenant le pouvoir me semble pourtant relever de fictions dystopiques qui ne prennent pas en compte le fait que ces algorithmes sont programmés par des humains. La puissance de calcul des ordinateurs qui les portent est certes époustouflante, mais il ne s'agit en l'état que de simulation. Le terme intelligence est absolument galvaudé. Alors considérons cette technologie comme un outil dont l'usage peut être providentiel ou pernicieux, selon qui et comment on l'utilise.
À l'I.A. j'opposerai, par exemple, l'A.I. pour l'Acte Instinctif ou l'Affranchi Indépendant ! D'un côté l'I.A. est un système s'appuyant sur l'accumulation de données en flux continu récupérées sur la Toile, ce qui tend au formatage et à la banalisation. De l'autre, l'A.I. valorise le geste instantané, l'oral, la rupture, une action impossible à reproduire. C'est une force libre, détachée des scripts, qui échappe au contrôle et au dressage des algorithmes. Elle affirme la singularité du geste, l’irréductibilité du présent, elle agit comme une révolte vitale là où l’I.A. calcule de façon mortifère et joue sur la répétition. À l’intelligence artificielle des machines, s’oppose la voix, le corps, le souffle. Les expressions marginales, en particulier dans le monde des arts, pourraient bénéficier de l'avènement de l'IA qui banalise les expressions en s'appuyant sur une sorte d'audimat des informations, le règne des statistiques. D'un côté nous aurions un formatage des consciences plus puissant que jamais, de l'autre l'évidence d'une résistance où la marginalité ferait toute la différence. Le spectacle vivant, le théâtre, la danse, l'improvisation musicale, par exemple, prendraient tout leur sens. C'est encore le combat de l'idée contre la matière, Moïse et Aaron, ou celui de la vie contre la mort, l'imprévisible absolu contre la mise en forme la plus adaptée. Dans un monde saturé de simulacres, l’imperfection devient signe de vie. L’intonation, la maladresse, le silence ou la rature prennent une valeur nouvelle, celle de l’irréductibilité. Errare humanum est, c'est la glorification merveilleuse de l'humain. L’I.A. est donc peut-être une chance à saisir pour les marges : en nivelant les styles, elle révèle ce qui résiste au nivellement. Quand tout est produit par calcul, le geste non calculé devient révolutionnaire. Car c’est peut-être là, en réaction à la banalisation généralisée, que naît la possibilité d’un art neuf : un art du dérapage, du déséquilibre, du non-formaté, du vivant enfin retrouvé.
J'ai copié dans GPT ce texte que je venais d'écrire. Il n'a rien trouvé de mieux que de me proposer une mise en page avec un travail typographique, par exemple des respirations visuelles, des contrastes entre majuscules et bas de casse, un jeu sur les rythmes du texte ! Tout cela relève d'un empêchement de réfléchir par soi-même, une négation de la sérendipité qui a abouti à tant de grandes découvertes, un rejet du changement d'angle permettant un point de vue inédit. Si le rôle de l'art est la construction de nouveaux mondes pour échapper à celui qu'on nous impose et qui nous est insupportable, il faudra bien trouver de nouvelles formes de lutte contre l'uniformisation mortifère de l'I.A. Hélas, aucun système global ne pouvant fonctionner sans ses contradicteurs, c'est malgré tout grâce à la résistance que la misère peut perdurer. Cela laisse aux plus fragiles et aux plus courageux un espace de liberté que rien ne peut non plus altérer ou empêcher.

P.S.: si vous êtes intéressé par l'I.A., en particulier d'un point de vue graphique, regardez la remarquable conférence d'Étienne Mineur à l'PSAA, l'école de communication visuelle de la Ville de Paris.

jeudi 16 octobre 2025

Autre chose


Lorsqu'on demande à un artiste comment il va, l'usage veut qu'il réponde avec un grand sourire, souvent un peu forcé, que tout va bien dans le meilleur des mondes. Il n'est jamais bon de se plaindre, on ne prête qu'aux riches. Les flippés font fuir leurs interlocuteurs, parce qu'ils leur renvoient leurs propres angoisses. Les oscillations entre bonnes et mauvaises nouvelles sont pourtant inévitables. Il y a pire, l'absence de nouvelles. En ces temps où la peau de chagrin se réduit jour après jour, la gymnastique devient de plus en plus laborieuse. Les budgets pour la culture, qu'ils émanent de l'état, des régions ou des municipalités, réduits ou supprimés, font fermer les festivals et les lieux de spectacles, ils rendent de plus en plus fragiles les intermittents, les ventes de disques deviennent symboliques, alimentant les copains et une presse de moins en moins présente. Les attachés de presse honnêtes reconnaissent que leur rôle devient de moins en moins productifs, faute d'interlocuteurs. Il n'y a pas que l'argent public qui vient à manquer : la suppression de l'ISF a divisé par deux le revenu des associations toutes activités confondues, les riches les alimentant par le passé pour payer moins d'impôts !
En général, dans mes textes, j'évite soigneusement les répétitions, mais le terme "interlocuteurs" correspond, pour la plupart, à une nécessité absolue. Il n'y a bien que les tenants de l'art brut qui ne s'en soucient pas. Sans public, en l'absence d'un désir qu'il suscite, l'artiste est condamné, condamné à l'isolement, à la dépression ou à la bifurcation. La plupart des musiciens ont un second métier. Au mieux ils enseignent, au pire ils distribuent le courrier, servent dans un restaurant ou sont chauffeurs de taxi comme on en a connus à New York. Cela ne se dit pas, même si cela se sait. En France, de plus en plus d'intermittents perdent leurs droits. Il faut bien admettre que l'offre est nettement moins forte que la demande. Nous avons milité pour qu'il y ait de plus en plus d'artistes, mais aujourd'hui il y a forcément encombrement. Si l'on y lit une critique de ma part, c'est celle d'une société de plus en plus axée sur le rendement et la productivité. D'un autre côté, il est indispensable d'occuper le terrain. Rester un an en dehors du système et on vous oublie automatiquement. C'est le risque des contrats à longue durée, des compagnies qui vous accaparent pourtant bien heureusement. Si l'on revendique son indépendance, il est alors nécessaire d'être présent sur scène, ou d'apprendre à communiquer avec les outils en vigueur, que ce soit un site Internet, des dossiers astucieux pour présenter ses projets, etc. Chacun/e doit se prendre en mains, sans attendre quoi que ce soit de l'extérieur. Je l'ai écrit plus haut, on ne prête qu'aux riches, mais la richesse est celle que l'on se crée.
J'avance ces remarques qui tiennent parfois de La Palice, tout en me rappelant que le secret de la réussite tient beaucoup en la persévérance et la solidarité. Il est difficile d'affronter l'adversité lorsqu'on est seul. En évoquant ma vie, je répète souvent que je la dois beaucoup à celles et ceux avec qui j'ai partagé un bout de chemin : "Oh I get by, with a little help from friends". Ayant besoin de sollicitations pour avancer, je sens bien que le désir des autres est un moteur fondamental de mon activité débordante. Il m'est rarement arrivé de me lancer dans un nouveau projet sans une amorce extérieure. Ainsi, ces derniers temps, j'ai parlé de "transition stationnaire". Ayant fondamentalement besoin de me mettre en danger, j'ai souvent choisi d'arrêter ce qui fonctionnait. Je cherche toujours à "faire ce qui ne se fait pas, puisque ce qui est fait n'est plus à faire". Ou encore : "lorsque je sais je gère, lorsque je l'ignore je crée". Il est logique que j'emprunte de temps en temps une impasse pour aller voir si j'y suis, et évidemment ce n'est pas toujours opportun. J'ai ainsi parfois attendu en vain le coup de téléphone de Monsieur de Messmaeker pour qu'enfin advienne un miracle. Les miracles cela se travaille. Au cours de ma vie j'en ai bien profité. Pour tout dire, j'ai envie de faire autre chose. Mais comme j'en ai déjà fait des tonnes, cela devient de plus en plus difficile. N'étant pas adepte de la page blanche, je compte sur ma bonne étoile, celle du Birgé, comme je répondais à mes copains d'école tandis qu'ils me charriaient sur mon nom.

Photo : détail d'une vitrine de Bernard Belluc au MIAM, Sète

dimanche 21 septembre 2025

J'y pense sans cesse

Peut-être qu'un jour Netanyahou et Trump seront arrêtés, condamnés et emprisonnés comme le furent Pinochet et Milosevic... A moins que ces fous de Dieu se fassent sauter entraînant le reste de la planète avec leurs bombes nucléaires... On peut s'attendre à tout puisqu'il semble incompréhensible que nous continuions à laisser faire l'horreur...
Partout, ceux qui se rangent enfin à reconnaître l'état palestinien après nous avoir traités d'islamo-gauchistes, de terroristes ou de self-hated jews, sentent le vent tourner... On oubliera le temps qu'il leur a fallu. L'important est d'arrêter le génocide et l'opération immobilière et économique qui le sous-tende.

mercredi 3 septembre 2025

Pas en notre nom


Je ne publie en général aucun article sur des sujets largement couverts par la presse. Sur le génocide à l'œuvre en Palestine, j'en lis tellement que je ne vois pas l'intérêt d'en rajouter. Sur FaceBook je montre chaque fois ma solidarité avec les publications ou travaux de Simone Bitton, Eyal Sivan, Shlomo Sand, Ilan Pappé, Mona Chollet, etc. Sur le sujet j'ai tout de même écrit
en 2006
Autodestruction
En Israël, le communautarisme a enseveli la réflexion politique
Où fait-il bon vivre ?
en 2009
Neige-Nuit-Sable-Sang
Comment le peuple juif fut inventé (Shlomo Sand)
Bachir, carnet de balles
en 2010
Ils diront qu'ils ne savaient pas (sur le film Jaffa, la mécanique de l'orange)
en 2013
Apartheid en Israël (sur le film 5 caméras brisées)
Comment j'ai cessé d'être juif (encore Shlomo Sand)
en 2014
Devoir de mémoire
Sur la question palestinienne, etc.
sans parler de l'histoire de mon grand-père gazé à Auschwitz ou de mon père qui a sauté du train qui l'emmenait vers les camps de la mort
ou encore en 2018
Ils étaient français avant d'être juifs
J'ai été juif...
L'horreur s'accentuant, les consciences se forgent et je me sens moins seul que lorsqu'en 1967 je comprenais que l'état religieux d'Israël était tout simplement le fait du colonialisme et n'avait rien à voir avec la question juive.
J'ai hélas la douleur de lire le propos de sionistes qui cherchent des justifications au génocide à Gaza en évoquant les traités (alors qu'Israël bafoue régulièrement le droit international), la politique du Hamas (dont la montée en puissance est le fait du Likoud et de la politique israélienne qui a zigouillé les démocrates palestiniens) qu'évidemment je condamne, ou les crimes commis ailleurs sur la planète et qui ne font pas l'unanimité comme aujourd'hui face à ceux de l'extrême-droite au pouvoir en Israël. Mais comment peuvent-ils justifier de faire porter aux Palestiniens qui n'y sont pour rien la culpabilité de l'occident du génocide perpétré par les nazis ? Ont-ils la moindre idée de la vie d'un Palestinien né forcément sous l'occupation ? Comprennent-ils le racisme des pays arabes vis à vis des Palestiniens alors que seul l'Iran les soutient, un pays qui ne l'est pas ? Quels sont les enjeux économiques et stratégiques des Etats-Unis au Moyen-Orient ? Pourquoi Israël interdit-il la presse étrangère à Gaza et assassine systématiquement les journalistes présents ? Israël est un état paranoïaque. J'ai été confronté à la paranoïa en Bosnie lorsque j'étais à Sarajevo pendant le siège, son principe est "tuons les tous avant qu'ils nous tuent !" Les nazis caricaturaient les juifs de la même manière, façon de s'accaparer ce qui ne leur appartient pas...
En France, les antisémites historiques soutiennent Israël, ils aimeraient bien envoyer là-bas tous les juifs ! Quant au colonialisme sioniste, comment ne pas voir qu'il s'est même transformé en impérialisme après les récentes déclarations de Netanyahou, un fou sanguinaire prêt à sacrifier son pays pour s'éviter un procès pour corruption ? Que fait l'ONU ? Qu'attendent nos états pour geler tous les avoirs israéliens au lieu de leur vendre des armes ? Il est intéressant de constater que ce sont les citoyens qui se révoltent partout sur la planète, des dockers de Gênes aux juifs de la diaspora qui savent que c'est l'essence-même de leur culture qui s'effondre en Palestine. Je ne pourrai jamais plus transmettre les valeurs morales qui m'ont été inculquées, ou du moins avec cet étrange sentiment d'appartenance malgré ma laïcité héritée depuis plusieurs générations.
De retour du siège de Sarajevo, je croise à une fête un garçon taciturne qui reste dans son coin. Comme je lui demande ce qu'il fait, il m'explique qu'il est responsable de mission humanitaire dans des pays critiques. À sa mine déconfite je comprends qu'il revient du Rwanda. Il me dit alors qu'il y a des justes, mais il ajoute "ce ne sont pas toujours les mêmes". Les Bosniaques eurent ainsi du mal à accepter que je m'implique ensuite au Haut-Karabagh où des musulmans, les Azéris, persécutaient des orthodoxes, les Arméniens.
Je ne publie en général aucun article sur des sujets largement couverts par la presse, mais si je n'ajoutais pas ma voix à celles de tous et toutes pour exiger d'arrêter le massacre et d'envoyer les criminels et leurs complices au Tribunal Pénal International je ne pourrais plus me regarder dans la glace.

mercredi 9 juillet 2025

Marchands de canons promus par Libération


Cynisme des marchands de canons et hypocrisie du journal Libération qui intègre leur publicité dans ses mails aux abonnés. Le titre, "ReArm Europe" : Comment tirer profit du plus grand plan de relance militaire de l’histoire de l'UE d’ici 4 à 8 mois. Les trois arguments :
✅ Pourquoi l’Union européenne injecte 800 milliards d’euros dans l’industrie de la défense, créant une opportunité unique pour les investisseurs.
✅ Comment certains de nos lecteurs ont déjà réalisé des gains de +380% grâce à certaines de nos recommandations sur des valeurs clés du secteur militaire.
✅ Découvrez 9 entreprises européennes stratégiques qui devraient tirer profit de ce pactole gigantesque.
Les neuf entreprises ne sont évidemment pas nommées, mais ce n'est pas très difficile de les identifier.


À l'heure où la France honteuse fournit des armes au gouvernement criminel et génocidaire israélien (mais pas qu'à lui, la guerre est un business qui a toujours fait fleurir les porte-feuilles et les tombes), Libé se goinfre en offrant ses colonnes à ces salauds.


Raisonne évidemment à mes oreilles la chanson de Boris Vian intitulée Le petit commerce, musique d'Alain Goraguer.

vendredi 4 juillet 2025

Faute d'inattention


Comme l'amour, l'amitié se cultive. À s'endormir sur ses acquis on risque la rupture. Le passé ne peut être un gage du présent, encore moins de l'avenir. Une révision s'impose, sommaire ou complète, tous les 5000 ou les 10000, et pour les plus téméraires chaque matin, à l'heure où tant d'autres se rasent les antennes.
Les doléances peuvent parfois sauver une relation si elles sont entendues, assimilées. Si l'on ne change personne qui ne le souhaite, chacun peut rectifier sa propre position et entamer un nouveau cycle. On n'échappe pas à sa névrose, que l'on suppose d'origine familiale, mais il est toujours possible de l'aménager, soutenu par une assistance professionnelle ou with a little help from my friends.
Plusieurs fois dans ma vie j'eus ainsi la chance d'avoir des amis bien intentionnés qui eurent le courage de me remonter les bretelles en me renvoyant mes critiques façon boomerang dans certaines périodes de doute quelque peu désespérées. Si la révélation n'avait été brutale j'aurais fait ceinture jusqu'à la saint-glinglin. Leur réponse était toujours courte, une phrase indépendante, affirmative ou interrogative, mais sans échappatoire. Je leur sais gré de m'avoir sauver la vie dans ces instants fragiles comme à d'autres de m'avoir accompagné sur la durée.
M'ouvrant à des amis sur une récente déception ils évoquèrent l'ego surdimensionné de ce camarade. Or, dans la sphère artistique où j'évolue, nous avons tous un ego aussi démesuré. Le danger vient du manque d'attention que nous aurions envers celles et ceux qui nous entourent. L'égocentrisme a bon dos de justifier l'égoïsme. Le premier est souvent nécessaire au créateur, le second est la garantie de faillir jusqu'à la rupture, ultime ressource de l'autre, dans le cadre d'un couple, d'une relation amicale ou professionnelle.
Privilégier le mode affectif dans les rapports humains m'expose aux déconvenues, mais je ne peux imaginer vivre autrement que dans le partage. Pas seulement des biens, des idées ou des valeurs morales, mais aussi avec la certitude absolue que personne ne peut réussir seul. La position sociale ne pesant pas lourd face à la composante humaine, le collectif me semble l'unique chance de nous sortir du bourbier. Il m'est de plus indispensable de transmettre à mon tour ce qui me fut légué, de protéger celles et ceux que j'aime, d'apprendre à les écouter au delà de nos divergences, de ménager leur susceptibilité, de reconnaître à chacun son apport dans le puzzle inextricable dont nous composons tous ensemble les pièces.
M'entendant lui répéter les mêmes mots prononcés il y a quelques années face à des amis indélicats et perdus depuis, et que mon camarade connaissait par cœur pour en avoir été lui-même la victime, j'en eus la bouche pâteuse et la nuit insomniaque. Confronté à son incompréhension devant ce qui n'est qu'une position de principes le bilan s'est imposé, amer et dépressif. Ma responsabilité est entière, car dans tous ces cas je jouai le rôle de passeur, de père ou de moteur. Le sentiment d'échec que je ne peux m'éviter de ressentir, à l'image du monde que nous rêvions de léguer, ne m'empêche pas de continuer à construire des alternatives au calcul égoïste que le Capital impose comme modèle.

La glace a fondu depuis cet article du 19 mars 2013 !