70 Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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mercredi 27 mai 2026

Improvisations de Christine Wodrascka & Bernard Santacruz


Le communiqué de presse ou le texte du livret qui accompagne un disque donne parfois des indications déterminantes sur la manière de l'écouter. Lorsque cela frise la banalité cela peut même nuire à la découverte. Mais certains font carrément œuvre quand d'autres prennent le risque de désarçonner par la provocation ou l'humour. Le texte d'Alexandre Pierrepont sur le duo de la pianiste Christine Wodrascka et du contrebassiste Bernard Santacruz décrit parfaitement le mystère plus ou moins contrôlé de l'improvisation, cette manière d'être ici et ailleurs dans le même temps, ou là et plus tard. Il a bien repéré comment les idées circulent entre les deux musiciens. Cela ne fonctionne pas toujours aussi merveilleusement, mais nous avons là un magnifique exemple où chaque interprète, interprète de l'indicible force qui nous agit, tient à la fois un discours indépendant et en parfaite adéquation avec son ou sa partenaire. On dit alors qu'elle et lui sont sur la même longueur d'ondes. Je pense souvent au second quatuor à cordes de Charles Ives, écrit entre 1907 et 1913, conçu comme une conversation pouvant aller jusqu'à la polémique pour trouver enfin un terrain d'entente. Dans les neuf pièces qui composent Oblic s'exprime de part et d'autre une grande tendresse. C'est une musique réparatrice ou consolatrice si on la replace dans notre préoccupante actualité.

→ Christine Wodrascka & Bernard Santacruz, Oblic, 10€ en numérique ou 15€ le CD sur le label polonais Fundacja Słuchaj

Épisode #2 de mon entretien sur Planeta


Épisode #2 de notre discussion à bâtons rompus avec Bruno de Chénerilles pour Planeta - la Revue Sonore des Musiques Nouvelles diffusée sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts, YouTube, Amazon Music, podcastics...


J'ai un peu de mal à m'écouter. Ce n'est pas le ton de mes entretiens habituels, c'est comme lorsqu'on discute avec un ami, j'avais peu dormi et un chat dans la gorge !

Être Machine à la Galerie Charlot


Je suis passé hier à la Galerie Charlot récupérer mon vieux MacBook Pro sur lequel fonctionnait la Mascarade Machine qu'Antoine Schmitt avait programmée en 2010 et que j'avais perdue suite à un crash du disque dur. Depuis que nous avions abandonné notre spectacle en duo, Antoine ne s'en servait plus, mais je continuais à faire "ainsi font, font, font les petites marionnettes" devant la webcam pour traduire le flux radiophonique en mélodie ou transformer les sons avec des effets qu'il avait calculés sur SuperCollider. Mon ami y a tout de même passé une dizaine d'heures pour retrouver la logique de ses algorithmes, mais jamais depuis plus de trente ans que je collabore avec lui, jamais Antoine n'a déclaré forfait devant une question technique. Il m'arrivait de lui demander une légère amélioration et qu'il me réponde que cela nécessiterait trois semaines de développement ou un truc très compliqué qu'il résolvait en une demi-heure ! Mais, dans tous les cas, le problème pouvait être résolu. Jamais la technique ne fut un frein à nos élucubrations. La seule limite est notre imagination.
Pour sa nouvelle exposition à la Galerie Charlot, Antoine Schmitt présente donc des œuvres anciennes comme son Pixel Blanc inaugural ou de drôles de bestioles, des machinimales créées avec Hortense Gauthier qui me rappellent les automates de Nicolas Darrot ou les assemblages de Daniel Spoerri. Avec une nuance de taille, c'est que Astrakophóros deilós (gastéropode craintif), Herpetòn monoskelès hilarón (reptile à une patte joyeux), Deilòn ptēnòn Herpetón (reptile ailé peureux), Arákhnē períergos (araignée curieuse), Amphíbion phthengómenon (amphibien parleur) sont des sculptures génératives qui interagissent avec les visiteurs, par le son ou par la vue. Même la table traçante Plotter UUnatek s'inspire de comportements animaux, "elle explore, hésite, contourne, insiste" et peut ainsi produire la série 10000 Pistes en l'imprimant sur papier noir. D'autres comme les vidéos génératives Clock Blur ou Neurons Blur jouent sur la lenteur et la contemplation avec l'imperfection comme ligne de code. Enfin, la pièce de 2004 Psychic décrit en miroir les mouvements des visiteurs... Ce sont toutes des œuvres comportementales qui tentent de réfléchir notre humanité, de reproduire ses inexplicables façons d'être, sans autre constat que nos faits et gestes, laissant penser que ce qui nous anime n'est en définitive qu'une logique de l'absurde.

→ Antoine Schmitt, Être Machine, exposition à la Galerie Charlot, 47 rue Charlot Paris 3e, du mardi au samedi 11h-19h, jusqu'au 4 juillet 2026